Isabelle Joschke : "Aucune barrière à ce que les femmes pratiquent la voile."
A un mois du départ de la "Solitaire du Figaro", Isabelle Joschke, seule skipper féminine de la course, a organisé un déjeuner de presse avec plusieurs médias. Kateia-Sport y était et vous raconte cette rencontre très intéressante et chaleureuse.
Isabelle Joschke nait à Munich en 1977. Elle commence à naviguer sur des lacs autrichiens. Débarquant à Lyon puis à Paris, elle se lance dans des études de lettres. S'essayant par hasard à la voile au club des Glénan à Concarneau, la voileuse allemande termine ses études et se fait remarquer en terminant 14ème de la Transat 650. En 2007, favorite de la course et gagnante de la première étape, Isabelle doit abandonner pour cause d'avarie. L'année suivante, la navigatrice intègre le circuit "Figaro" et le couronne par un baptême du feu réussi dans la "Solitaire du Figaro" où elle termine au 30ème rang au général et à celui de 3ème rookie.
La "Solitaire du Figaro", une course à part
La "Solitaire du Figaro" reste une course au large à part par la spécificité de ces bateaux, ses difficultés et son prestige. La solitaire se déroule avec des bateaux de 10 mètres plus difficiles à manier car plus lourds. Cette course nécessite une préparation physique spéciale : "Je fais 1 à 2 heures de musculation par semaine l'hiver", raconte Isabelle. De manière générale, elle consacre 9 heures à la préparation physique qui se répartissent ainsi : "deux séances de musculation, deux séances d"endurance ou de cardio soit de la natation ou du vélo ou du rameur et après une séance de guénage ou de propriospection". Ce terme un peu barbare de prime abord renvoie à l'ensemble des exercices visant à faire travailler les muscles nécessaires au maintien de l'équilibre. Ces derniers sont capitaux, pas dans l'optique de ne pas tomber, mais dans celle de ne pas se faire mal au dos." Les exercices consistent par exemple à "traverser un gros tapis mousse à cloche-pied avec un sac rempli d'eau qui nous met en déséquilibre".
Un des grands défis qui jouent sur la condition est le sommeil. Afin d'étudier le sien, Isabelle Joschke s'est rendue à l'Hôtel-Dieu auprès de spécialistes du sommeil. La skippette de Synergie a passé une nuit avec des électrodes. Il en ressort que sa durée vitale de sommeil est de 3 heures. Pendant la course, une émission est diffusée la nuit pour essayer de maintenir les marins éveillés. Au programme, musique et bonnes blagues. Il arrive que les skippers communiquent entre eux .
Bien se nourir reste primordial : salades de pâtes ou de riz, sandwiches, sont les aliments à emporter. "Un plat chaud de temps en temps permet de se réchauffer", précise-t-elle. Il faut manger avant la nuit parce qu'il y a beaucoup de choses à accomplir et une vigilance maximale à avoir à ce moment là.
Cette année, la navigatrice munichoise vise le top 15, un objectif ambitieux et raisonnable. En effet, tous les grands noms de la Solitaire sont là pour fêter son 40ème anniversaire : Michel Desjoyeaux, triple vainqueur, Armel Le Cléac'h, gagnant 2003 et Jérémie Beyou, triomphateur en 2005 et bien d'autres. C'est donc un plateau particulièrement relevé, comme le remarque mon confrère, Hervé Hillard, rédacteur en chef du site web de "Voiles et Voiliers", auquel sera confrontée Isabelle Joschke. La navigatrice franco-allemande regrette d'être la seule représentante de la gente féminine. Cette situation s'explique surtout par les barrières psychologiques des femmes vis à vis de la voile et de la course au large.
"Ne pas se mettre des freins dès le départ"
La skippette de Synergie regrette d'être la seule femme du plateau. Elle ne ressent pas de pression supplémentaire, mais veut mettre un point d'honneur à ne pas abandonner, car "sinon il n'y aura plus de femme. C'est dommage, mais les femmes vont revenir" . Cette situation arrive fréquemment. Lorsqu'elle appelle un bateau par radio pour signaler sa présence, on la reconnait immédiatement. En ce qui concerne la solitaire du Figaro, avoir une seule femme reste exceptionnel. Lorsqu'elle était professeur aux Glénan, beaucoup de filles se rendaient à ses cours.
Beaucoup de femmes se sont faites remarquer sur les mers du globe : Florence Arthaud (NDLR : vainqueur de la Route du Rhum 1990), Isabelle Autissier (NDLR : 1ère femme à avoir faire le tour du monde en solitaire en compétition), Ellen Mac Arthur (NDLR : bat le 8 février 2005 le record du tour du monde à la voile en solitaire détenu par Francis Joyon en 71 j 14h 18min 33s). Elles ont toutes prouvé que la course au large féminine détient de vraies héroïnes, médiatiques de surcroit. Pourquoi y a t-il si peu de femmes au départ des courses de voile ?
La barrière psychologique reste prépondérante : "Beaucoup de femmes ne se lancent pas, car elles se disent que c'est trop dur", analyse t-elle. "Si quelque chose nous passionne, il ne faut pas se mettre de freins dès le départ", ajoute Isabelle Joschke. Toutefois, elle est consciente qu'il est plus difficie pour une femme de se lancer dans le sport de haut niveau du fait de la vie de famille. Lorsqu'on a eu un enfant, il est compliqué de reprendre. "Il faut faire un choix", conclue-t-elle.
Espérons qu'elle pourra réaliser son rêve : participer au Vendée Globe 2012 et montrer une nouvelle fois tout son talent.














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