La médiatisation du sport féminin : encore du chemin à faire
25% des pages de l'Equipe. C'est ce que représente la médiatisation des sports féminins dans le quotidien. Un chiffre qui laisse pensif, perplexe ou enragé. Pourquoi ? Les sports, collectifs surtout, seraient-ils l'apanage des hommes ? Les femmes y accorderaient-elles si peu d'intérêt que la presse ne se donne pas les moyens de communiquer sur toutes ces sportives qui, jour après jour, vivent leur passion et visent, chacune à sa mesure, l'excellence ?
Les championnats internationaux fidélisent de plus en plus les jeunes filles et leurs mères. La Coupe du Monde de football en 1998 ou plus récemment celle de rugby ont mobilisé la gente féminine, fière d'apporter son soutien à des disciplines alors dressées derrière le drapeau français. De tels événements ont un effet « buzz ». Après 1998, les footballeuses françaises font enfin la couverture de l'Equipe lors de leur Coupe du Monde « à elles ». Le terrain vert n'est plus le pré-carré de la testostérone. Peu à peu, les mentalités évoluent.
Dans les années 80, seules deux femmes journalistes couvraient les événements sportifs pour l'Equipe. Difficile alors pour elles d'être autorisées à monter sur le ring pour interviewer les sportifs. Aujourd'hui, elles sont une quinzaine. De quoi changer les discours sur la pratique sportive, longtemps teintés de mysoginie. Faire du sport est devenu « cool », signe de respect de soi et de solidarité, parfois même d'insertion sociale. Le sport, c'est branché. Le couple Beckham a fini de déringardiser un domaine autrefois réservé aux salles de bars enfumées pendant que les femmes, tablier en main, s'affairaient aux fourneaux ou choisissaient des activités plus douteuses, le shopping, la manucure ou les films à l'eau de rose.
Mais alors pourquoi si peu de sportives françaises ont-elles encore leurs noms cités dans les médias nationaux ? Mises à part Laure Manaudou ou Amélie Mauresmo, quel autre visage connaissons-nous des équipes féminines qui investissent désormais l'ensemble des disciplines sportives ?
Le règne du résultat
Le monde du sport est devenu, plus que jamais, celui de la performance. Et du résultat. Virginie Sainte-Rose, ancienne rédactrice en chef de feu l'Equipe féminine explique : « Nous sommes prêts à parler de n'importe quelle sportive à partir du moment où elle nous offre un beau score ».
Laure Manaudou est LA meilleure de sa discipline, au niveau national et international. Quelques affaires plus sulfureuses, d'ordre privé, ont terminé de lancer l'effet «people » de la nageuse qui fait désormais partie de la catégorie : sportive connue, reconnue et médiatisée.
Peu ont cette chance. Deux raisons à cela. Tout d'abord, les performances ne sont pas les mêmes et ne le seront jamais. Un service à 200 km/h chez les tenniswomen, ça n'existe pas... La performance d'une Marie Pierce ne sera jamais citée qu'en comparaison de celle de ses acolytes masculins. Et pour peu qu'une sportive joue la performance et se « masculinise », nécessairement, on crie au haro. Pas de gros muscles s'il vous plaît, de grâce, de l'élégance dans ce corps de femme, de la délicatesse. De la sensualité si possible, en supplément. Restez cantonnées au patinage artistique, merci.
Difficile dans de telles conditions d'égaler la gente masculine.
Et la seconde raison est là : les femmes n'ont pas les moyens, en France, d'acquérir le niveau d'un sportif professionnel. Le Tour de France, par exemple, intéresse tout le monde. Pour son histoire et ses coureurs tricolores. La Grande Boucle Féminine, elle, n'intéresse personne. Et pour cause : les meilleures cyclistes françaises ne finiront, avec un peu de chance, que dans les 10 dernières.
Sylvie Gaillon, cycliste, participe à cette épreuve, lancée lundi 16 juin. En plus de sa vie sportive, Sylvie Gaillon est une femme qui part au travail tous les matins et rentre tous les soirs s'occuper de ses trois enfants. Elle « roule » 2 heures par jour pour s'entraîner, ou plutôt se maintenir. Entre 3 et 5 heures trois fois la semaine. « Comment voulez-vous que nos résultats soient à la hauteur avec si peu d'entraînement ? », s'énerve-t-elle. Pas de manager, pas de structure, pas de financement. Si les médias locaux acceptent de s'enquérir de l'évolution de son équipe bourguignonne, les médias nationaux, eux, ne connaissent sans doute même pas son nom. Face à ses adversaires étrangères, beaucoup plus encadrées et coachées, elle ne fait pas le poids. Autant demander à une équipe villageoise de rivaliser avec Zinédine Zidane... « Nous sommes payés environ 50 euros la journée quand nous participons à une course. Course à laquelle nous nous rendons par nos propres moyens, après bien souvent plusieurs heures de voiture. Les hommes, eux, courent pour du fric. Nous compétitons par passion, il ne reste que ça », explique-t-elle. « On ne nous donne pas les moyens de nous professionnaliser. » Le dernier bilan du sélectionneur national de cyclisme n'est d'ailleurs pas très encourageant : « c'est galère pour les JO », résule Sylvie Gaillon.
Un créneau : sport et bien-être
Selon Virgine Sainte-Rose, ancienne rédactrice en chef de l'Equipe féminine, un créneau reste à prendre dans le paysage médiatique actuel : le sport et le bien-être. « C'est la tendance de fond. S'intéresser à la pratique sportive des femmes. Les athlètes seraient médiatisées mais en plus, toute à chacune pourrait se retrouver dans ce genre de publication », détaille la journaliste.
Une manière de densifier l'information, en s'attachant davantage aux considérations des lectrices (sport et mode, santé, nutrition, psychologie, rencontre, etc). Une manière également de démocratiser le sport, tout en respectant la spécificité de la pratique sportive féminine. D'en faire le lot de la jeune fille, de la ménagère, de la maman cadre supérieure comme de la grande-mère retraitée. « Les journaux américains consacrés à ces pratiques fonctionnent vraiment très bien », sourit Virginie Sainte-Rose, qui rêve de monter le journal.
L'idée de l'Equipe féminine était justement celle-ci. La publication, alors gratuite, tint bon 2 ans. Mais sans doute était-elle arrivée trop tôt sur le marché. « On a été pionnier en la matière, mais avec trop peu de moyens », raconte Virginie Sainte-Rose. Le lancement d'un magazine coûte en moyenne 10 million d'euros. Avis aux intéressés.

















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